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POÉSIE
Jean Paul Sermonte
(poète corse
contemporain)
L’écrivain et le boulanger
Les passants dans ma rue me regardent avec respect parce
qu’ils savent que j’écris des livres. Moi, je salue avec
encore plus de respect mon boulanger parce qu’il fait du bon
pain. Un bon pain vaut un bon livre. La farine, l’eau, le
sel et le levain valent bien l’encre, le papier. Peut-être
pensez-vous que l’on ne peut comparer ce qui est périssable
avec ce qui ne l’est pas ? Un pain se consomme, un livre se
conserve. En êtes-vous sûr ? Je me souviens de la
boulangerie d’Olivèse qui embaumait le village entier. Je me
souviens des deux boulangeries de la rue des Bûcherons à
Ajaccio, qui ont parfumé les heures de mon enfance. En
revanche, il y a bien des livres que j’ai oubliés…
Boulanger, dans la chaleur de tes paysages de poudre et de
lumière blanche éclatée, tu écris ton livre toutes les
nuits. Et c’est du bel ouvrage. C’est le livre de l’homme,
de l’humanité, de la vie. Si la vie avait un parfum, ce
serait celui de la terre et celui du pain. C’est la raison
pour laquelle je te respecte tant et tant t’admire.
Donne-nous notre pain quotidien, Père Noël de chaque matin.
Donne-nous ce qui est plus précieux que l’or, Père Noël de
chaque aurore.
Que restera-t-il de moi, de mes histoires, de ma famille de
mots ? Je passerai comme passent les rêves et les gloires.
Mais toi, humble boulanger, tu demeureras tant que
demeureront les hommes. Et c’est bien ainsi. Dieu a du goût
!
Jean Paul Sermonte (poète corse contemporain)
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